Who's  Next

Le ton est donné dès la lecture du titre. A qui le tour ? Hendrix, Joplin ou autre Brian Jones passés de vie à trépas, le rêve hippie est encore mal digéré. Et le réveil s’annonce brutal. Les Beatles ne sont plus et Lennon a déjà sonné l’oraison funèbre dans God un an plus tôt. Les plaines de Woodstock semblent bien vides quand celles d’Altamont sont encore rouges d’une nuit de décembre que les Stones n’oublieront jamais. A l’aube d’une ère nouvelle, d’une décennie qui s’annonce plus incertaine que l’insouciance des sixties, le rêve semble bel et bien fini. Encore sonnés et transis par ce brouillard cotonneux dont ils émergent, les Who décident de prendre le taureau par les cornes et offrir sa vision froide et cartésienne de la situation. L’heure est au bilan et aux règlements de comptes. Et Pete Townshend ne se trompe pas quand il écrit ‘We won’t get fooled again’ (‘On ne se fera plus baiser’). Toute une pensée et une colère contre le système, les idéaux, les politiques et les guerres synthétisées en une seule ligne. Finie l’utopie d’un monde meilleur où règnerait une parfaite harmonie. Quand Tommy narrait l’épopée d’un enfant sourd-muet-aveugle devenu par la force de l’âme gourou messiaque de toute une communauté, avec Who’s Next le quatuor anglais fait du passé table rase et décrète avec cynisme et résignation à son auditoire ‘There’s nothing more to be said’. Rideau. Suivant ?

Tommy :

Comme toutes les compositions du groupe, cet opus des Who prend vie dans l’esprit torturé de Pete Townshend, le guitariste. Depuis les débuts, c’est Pete qui porte la lourde responsabilité de tenir la barre et indiquer le cap à suivre. Avec plus ou moins de facilité et de réussite. Le concept-album Tommy sorti en mai 1969, l’un des premiers opéra-rock de l’histoire avec S.F. Sorrow des Pretty Things, avait vu le jour grâce au producteur Kit Lambert qui faisait l’intermédiaire entre Townshend et le reste du groupe. En effet, ayant de grandes difficultés à exprimer concrètement ses idées parfois floues et incompréhensibles, Kit servait de traducteur Townshendien à un Roger Daltrey dubitatif, un John Entwistle placide et un Keith Moon allumé.

Porté par la gloire de leur entité symphonique, adulée par une partie de la presse et démolie par la seconde, les Who voyagent aux quatre coins du globe pour porter la sainte parole de leur messie Tommy. Pendant deux années, ils vont reproduire l’intégralité de l’album (une vingtaine de morceaux) sur les scènes de Woodstock (1969), de l’île de Wight (1969 et 1970) ainsi que dans le fameux Live at Leeds (1970), un des plus grands live de l’histoire du rock. La consécration arrivant avec la représentation du groupe au Metropolitan Opera House de New York en avril 1970, temple de l’opéra et de la musique classique.

Du Lifehouse Project… :

Durant cette période où le groupe est majoritairement sur les routes, Townshend commence l’écriture de ce qui doit être la suite de Tommy : Lifehouse. Les tournées incessantes pour promouvoir leur dernier LP le poussent à croire en des chimères plutôt atypiques : « Lorsque nous étions en concert, il arrivait par moment que les vibrations deviennent si pures que je croyais que le monde était à deux doigts de s’arrêter, que l’univers entier résonnait à l’unisson. » Il va même plus loin en s’imaginant que le public peut alors ‘danser jusqu’à l’oubli’, leurs âmes s’évaporant alors de leurs enveloppes charnelles pour atteindre une extase éternelle, un nirvana sensoriel. Townshend puise alors grandement son inspiration dans les écrits du philosophe soufiste Inayat Khan et du gourou indien Meher Baba.

Pour retranscrire toutes ces émotions en musique il compte s’appuyer sur le public donc, qui est le moteur principal de sa future œuvre, via le nouvel équipement électronique qu’il vient de se procurer. Des synthétiseurs analogiques VCS3 et ARP (concurrents du Minimoog qui a lancé la mode de ces tout nouveaux gadgets) doivent servir à créer une matrice de routage comprenant différents thèmes musicaux personnels issus de chaque spectateur de l’auditoire et basés sur d’obscurs calculs de leur horoscope, leur personnalité, leur loisir, voire même leur physique. Chaque volontaire sorti du public se voit alors jouer sa partition personnalisée et apporter sa pierre à l’édifice. Outre l’aspect compliqué à l’extrême du projet, sa réalisation est vouée à l’échec avant même son commencement. En effet, la salle de concert où doit prendre place cette grande messe n’est pas disponible tous les soirs et à des heures différentes. Idée impensable pour Townshend qui voudrait que le processus se prolonge dans le temps et sur la durée à un même niveau afin de perpétuer un état euphorique permanent. Le problème réside moins dans l’ébauche alambiquée qu’il dresse de son projet que le fantasme obsessionnel d'une vision beaucoup trop subjective et onirique. Même Kit Lambert qui avait réussi tant bien que mal à faire le lien entre les idées morcelées de Townshend et les Who sur Tommy ne voit pas où veut en venir son guitariste.

Ce dernier sombre alors dans une profonde dépression nerveuse, le poussant même à vouloir se défenestrer lors d’une nuit trop alcoolisée. Démoralisé et psychologiquement épuisé, Pete déménage à New-York où il retrouve Glyn Johns qui vient de finir avec Phil Spector le mixage du Let It Be des Beatles et Sticky Fingers des Stones. Lui et le groupe vont alors reprendre toutes les compositions du projet Lifehouse pour en tirer le meilleur possible. Devant au départ paraître sous la forme d’un double album les morceaux sont condensés dans un simple LP, abandonnant le principe d’opéra rock pour revenir à un son plus brut et simplifié. Donnant l’illusion d’être enregistré en prise directe, la sonorité hard-rock du disque est ce qui se rapproche le plus de ce qu’était les Who en concert. Un fragment d’idée retenu de ce qu’aurait pu être Lifehouse.

Glyn Johns

… à Who’s Next :

Les démos que Pete Townshend avait enregistrées dans son studio personnel servent de structure et le résultat final se rapproche sensiblement de ces acétates. Dénudé de toute orchestration mégalomaniaque, chaque titre sonne avec la pureté cristalline qui constitue l’essence même du rock. Tous les morceaux sont issus de Lifehouse à l’exception de My Wife et sa farandole de cuivres, composition du bassiste Entwistle. Les premières ébauches ont lieu en avril 1971 dans la demeure de Mick Jagger à Stargroves, travaillant sur l’ossature de Won’t Get Fooled Again. Sur proposition de Glyn Johns, les Who partent ensuite pour les studios Olympic (où passèrent notamment les Beatles, les Stones, Hendrix ou les Yardbirds) à partir du 9 avril. Les sessions s’échelonnent sur le mois de mai, les morceaux de Lifehouse étant retravaillés et certains écartés. Le pianiste Nicky Hopkins est invité sur The Song is Over et Getting in Tune, Al Kooper sur Behind Blue Eyes et Keith Moon conseille le violoniste Dave Arbus du groupe rock progressif East of Eden sur le final de Baba O’Riley. Le titre de ce dernier morceau trouve d’ailleurs son origine dans la fusion de Meher Baba (la lecture indienne de Townshend) et Terry Riley, compositeur américain et pionnier de la musique électronique dont l’album expérimental et minimaliste A Rainbow in Curved Air paru en 1969 inspira toute une génération d’artistes électro. Le refrain Teenage Wasteland est d 'ailleurs une accusation réaliste de ce que le groupe a vécu à Woodstock. Une jeunesse réunie en masse, défoncée, 'gâchée', selon Townshend. D’autres morceaux comme Pure & Easy, Let’s See Action ou Time is Passing sont enregistrés mais pas sélectionnés au contraire de My Wife, destiné à un album solo de Entwistle, qui est ajouté dans les dernières minutes. L’œuvre alterne avec habilité les passages électriques qui donnent la tonalité globalement heavy au disque et les virages acoustiques volontairement plus intimistes.

Pete Townshend s’était vu offrir une Gretsch ‘Chet Atkins’ 6120 de 1959 par Joe Walsh des Eagles au début de l’année et cette dernière tient une place prépondérante tout au long des sessions. Ses riffs acérés si caractéristiques de son jeu de guitare trouvent ici l’instrument idoine à ses grands moulinets de bras dont il avait coutume. Mais la révolution sonore majeure reste l’utilisation des synthétiseurs ARP qui confèrent ce parfum si particulier tout au long du disque. Alan Robert Pearlman, ancien de la NASA qui venait tout juste de monter son entreprise d’instruments électroniques, cherchait à populariser leur utilisation auprès des artistes rock renommés. Pour se faire bonne publicité, il offre un modèle ARP-2500 encore non commercialisé à Townshend qui voit là l’occasion rêvée de concrétiser son projet Lifehouse. Dôté d’oscillateurs haute et basse fréquence, un générateur de bruit blanc, un amplificateur et la possibilité de coupler les différentes sonorités ensemble via des fiches, la machine est un véritable laboratoire d’alchimiste en herbe. Il utilise alors à bon escient et sans tomber dans l’excès les possibilités infinies que lui ouvre un tel gadget, créant une boucle envoutante sur l’ouverture de Baba O’ Riley (qui durait initialement trente minutes), un effet de bourdon sur Won’t Get Fooled Again qui revient en apothéose avant le final ou l’effet de bouilloire au bord de l’implosion sur The Song is Over. Pour se faire il fait sortir le signal d’un piano électrique Lowrey (que l’on peut entendre sur Being for the Benefit of Mr. Kite dans le Sgt. Pepper’s des Beatles) via l’ARP-2500 donnant cet effet marimba. Il utilise aussi une fonction appelée ‘Envelope Follower’ pour moduler le spectre de sa guitare dans le solo de Going Mobile en un effet wah-wah amplifié comme s’il jouait sous l’eau. La basse de Entwistle reste volontairement dans l’ombre, place attitrée de la guitare à quatre cordes, mais n’en reste pas moins indispensable. Avec Moonie, il constitue l’assise royale du son Who, telle l’ossature gigantesque d’un animal préhistorique.

Et donc outre la recherche musicale poussée à son paroxysme, ce qui frappe au sens propre comme au figuré à la première écoute est la batterie de Keith Moon. L’album ne serait pas devenu Who’s Next sans cette touche divine qu’incarne le jeu du batteur fou et mérite une deuxième écoute spécialement focalisée sur celle-ci. L’imposante composition de son kit de batterie n’est pas étrangère au mur de son produit : deux grosses caisses, une caisse claire, trois toms et trois tom-basses et un jeu de quatre cymbales (deux crashs, une ride et un charleston). C’est sur conseil de Ginger Baker de Cream qu’il décide de monter deux kits British Premier ensemble. Un véritable armement militaire qu’il fait à juste titre sonner comme une M60 mitraillant la jungle vietnamienne. Son style agressif est reconnaissable à sa manière d’écraser sa pédale de grosse caisse pendant ses roulements de toms et au fait qu’il ne donnait pas le tempo comme le font les batteurs (Townshend le faisait) pour la bonne raison qu’il était souvent à contre-mesure. Moon est au sommet de son art sur Who’s Next et a travaillé son jeu sous l’égide de Glyn Johns qui a réussi à garder ce côté tribal et primitif tout en le professionnalisant. Les exemples les plus démonstratifs restent sûrement Bargain et Won’t Get Fooled Again qui sont littéralement portés par la charpente rythmique de Keith et donnent un aperçu de ses fills en cascade qui sont devenus sa marque de fabrique. Omniprésente sur les morceaux hard rock, elle sait aussi se faire plus discrète sur des titres calmes comme Love Ain’t For Keeping.

Quant au chant de Daltrey, puissant et rocailleux, il est aussi hard rock qu’un Robert Plant qui dût l’écouter plus d’une fois. Puisant sans soif dans les racines blues qui façonnent la musique des Who, sa voix sait se faire douce et suave sur Behind Blue Eyes ou Getting in Tune pour exploser violemment dans des morceaux plus rock comme ce cri bestial qui clôture l’album. Le bégaiement semi-volontaire de My Generation semble loin, Daltrey est sûr de son fait et décortique chaque syllabe avec la justesse d’un chirurgien. Il partage aussi les parties chantées avec Townshend sur certains titres en particulier dans les breaks lyriques, le guitariste apportant généralement une note plus subjective et introspective.

Un monolithe pour la postérité :

La célèbre photographie a été prise par Ethan Russell, qui s’était occupé de la pochette ‘fairepart’ de Let It Be des Beatles et du Get Yer Ya-Yas Out ! des Rolling Stones. De retour d’un concert donné à Sunderland, le 8 mai 1971 (certains disent que la scène se déroula plus tard le 4 juillet entre Sheffield et Leicester), pour regagner Londres le groupe traverse le terril, cette colline artificielle produit par l’accumulation de schistes issus de l’exploitation minière. Non loin de la bourgade ouvrière de Easington Colliery, le groupe remarque ces drôles de construction parsemant le paysage de la région. Elles servaient à prévenir ces collines friables d’éventuels glissements de terrain. Keith Moon, qui était un cinéphile passionné, discutait avec Entwistle de la dernière réalisation de Kubrick, 2001 l’odyssée de l’espace. Il ne manqua pas de faire la comparaison entre ces cubes de béton et le fameux monolithe noir récurent du film. Sous l’impulsion des autres membres, ils décident de pratiquer une rapide session shooting devant cet étrange monument. Quelques clichés seulement sont pris. Ce qui n’empêchera pas quelques années plus tard Russell, dans sa biographie, de vendre la mèche en déclarant que certains n’arrivèrent pas à pisser ce jour-là. De l’eau de pluie fut donc collecter dans un petit morceau de tôle pour imiter la traînée sur le monolithe. Il est aussi à souligner que selon Townshend, cette pochette fut choisie à d’autres comme un pied de nez à Kubrick qui avait refusé de réaliser l’adaptation cinématographique de leur opéra-rock Tommy.

D’autres idées avaient été émises, comme ce collage de plusieurs femmes obèses et nues avec le visage de chacun des membres collé sur leurs sexes. Ou bien les quatre Who urinant étrangement sur un ensemble d’équipement Marshall. Mais la plus loufoque des propositions reste probablement cette série de clichés qui montre Daltrey et Moon travestis dans de la lingerie coquine, tenant un fouet.

Il est finalement décidé de garder ce cliché plein d’arrogance et d’opiniâtreté, à l’image de Daltrey sifflotant tout en remontant sa braguette. Le sentiment du devoir accompli. Les Who sont à l’image de leur pochette qui elle-même est le reflet de son temps. Porte-parole désabusé d’une jeunesse au bord du gouffre qui ne demande comme eux qu’à pisser à la face du monde sur les cendres du passé. Les Who n’atteindront plus jamais pareille altitude, comme si en ce début de seventies, l’apogée était déjà atteinte. Et plus on s’élève, plus dure sera la chute.

La photo présente au dos de la pochette, représentant les membres du groupe dans une arrière-salle remplie de chaises, a été prise en coulisses à Leicester le 4 juillet 1971.

Hommages et parodies :

Les avis de la presse à l’époque :

"Quoi que vous soyez amené à penser, ce n'est pas la bande-son de la réalisation du rêve Hollywoodien tué dans l’œuf de Pete Townshend, ou le plus grand album live de l'histoire, ou encore un opéra-rock démesuré, mais plutôt un record à l'ancienne, contenant des rythmes intelligemment conçus, superbement exécutés, brillamment produits et parfois même enivrants. Avec panache, ils ont jeté les parures d'éblouissement Mod dans lesquelles ils se lovaient pour arriver sur ces nouveaux rivages avec des bleus de chauffe confortables et fonctionnels qui leur sied à ravir. Ils donnent enfin l’illusion d’une unité et cohésion parfaite là où auparavant, chacun tentait de tirer la couverture à soi dans de longs solos pour attirer l’attention. Et, plus important encore, Townshend, dont le besoin semi-psychotique de brutaliser son auditoire l'obligeait à écraser sa guitare à la fin de chaque performance, a abandonné cette stratégie pseudo libératrice en faveur de climax plus sains pendant lesquels il improvise sur le fil assez longtemps pour rendre même un accro au speed comateux. 
Tous ces changements, me semble-t-il, découlent de la perception par le groupe de la nécessité de se montrer eux-mêmes des artistes sérieux au lieu de gimmick punks, pour les rendre un peu plus accessibles et un peu moins offensants. C'est un témoignage monumental de leur grandeur donc, que Who’s Next leur premier album studio depuis la prise de conscience amorcée par Tommy qui fut salué comme un travail ingénieux, soit aussi merveilleusement admirable et passionnant. Ils ont pris soin de tous ces détails avec Next. La musicalité est incontestablement excellente, avec Moon battant et battant avec plus de précision que jamais auparavant, Entwistle épanouit dans sa rythmique de rêve (écoutez surtout ce qu'il joue sous le chœur de "Won’t Get Fooled Again") et Townshend, que ce soit avec un rythme acoustique épais, des accords monstres retentissants, classiques du genre, ou des solos convaincants et empreints de lyrisme, joue avec une efficacité exemplaire et surtout avec goût.
Quant à la production de l'album, Townshend a, avec la précieuse aide de Glyn Johns dans le double rôle d'ingénieur et de coproducteur, confectionné l'un des enregistrements rock les plus magistralement enregistré de l’ère moderne. Et quelle dynamique ! Les beaux moments lyriques de compositions telles que "The Song is Over", "Gettin' in Tune" et "Behind Blue Eyes" sont juxtaposés au rock tonitruant qui reste l’ADN de ces chansons les rendant chacune encore plus délectables.
Et là vous l'avez, un album qui, malgré un certain degré de sobriété calculée qui serait fatal pour un groupe moindre, se classe au sommet auprès des David Bowie et Neil Young, Procol Harum et Alice Cooper comme parmi les plus merveilleux de 1971. Maintenant qu'ils ont résolu avec succès toutes leurs inquiétudes au sujet de la technique, il est éminemment raisonnable de supposer que les albums suivants des Who ne seront pas non plus de tristes violettes fanées."

John Mendelsohn, Rolling Stone, 2 septembre 1971.

 

Anec-doses :

- Le premier projet de Towshend, Lifehouse, au-delà d’être conceptuellement alambiqué, portait une histoire tout autant insolite. Dans la veine de Tommy, les morceaux se suivaient dans l’ordre chronologique pour narrer une vision dystopique de notre civilisation. Pete Townshend : « C’est un conte qui prend place à une époque où le rock ‘n’ roll n’existe plus. Le monde va s’écrouler et la seule expérience que les gens vivent se fait via des tubes. Ils vivent comme s’ils étaient des programmes de télévision. Tout a été programmé. Les ennemis étaient ceux qui distrayaient le peuple par ces intraveineuses et les héros des sauvages qui chérissaient le rock comme une force primitive et qui étaient partis vivre dans les bois avec ce savoir. L’histoire tournait autour de ces deux camps et de leur affrontement inéluctable. Sur les saintes paroles d’un vieux gourou, la trame débute : « Je me souviens du rock. C'était tout à fait stupéfiant, ça faisait vraiment quelque chose aux gens ». Il parle d'une sorte de nirvana que les gens atteignent en écoutant ce genre de musique. Il décide d'essayer de le recréer pour que cet effet dure éternellement, tirant toute l'humanité de son environnement programmé à travers cet altruisme libéré grâce au rock. La Lifehouse (littéralement « Maison de vie ») est l'endroit où cette musique est jouée, et où les jeunes découvrent le rock comme un puissant catalyseur, une religion, en quelque sorte.

- La profusion de morceaux issus de Lifehouse servie dans de nombreux albums des Who après Who’s Next (à l’exception de Quadrophenia qui est un autre album-concept à part entière). Townshend, bien aidé par les nouvelles technologies musicales, concrétisa enfin son rêve à l’aube de l’an 2000 en sortant un box-set de six albums (pas moins) Lifehouse Chronicles narrant le projet de sa carrière. Les deux premiers disques reprennent les démos enregistrées en 1970-71, les deux suivants se penchent sur les expérimentations des thèmes musicaux alors que les deux derniers sont une compilation des passages et réclames radiophoniques lorsque la BBC diffusa son œuvre en exclusivité en 1999. Townshend n’abandonna jamais définitivement son idée et continua à travailler durant toutes les années 70 et 80 à son concept-album.Voici la liste des titres de ce qu’aurait pu/dû être Lifehouse s’il était sorti avec entre parenthèses les albums dans lesquels les morceaux sont apparus pour la première fois.

1) Teenage Wasteland

2) Going Mobile (Who's Next)

3) Baba O'Riley (Who's Next)

4) Time is Passing (Odds and Sods remasterisé)

5) Love Ain't for Keeping (Who's Next)

6) Bargain (Who's Next)

7) Too Much of Anything (Odds and Sods)

8) Music Must Change (Who Are You)

9) Greyhound Girl (Encore Series 2006)

10) Mary

11) Behind Blue Eyes (Who's Next)

12) Baba O'Riley (Instrumental)

13) Sister Disco (Who Are You)

14) I Don't Even Know Myself (Who's Next remasterisé)

15) Put The Money Down (Odds and Sods)

16 Pure and Easy (Odds and Sods)

17) Getting in Tune (Who's Next)

18) Let's See Action

19 Slip Kid (The Who by Numbers)

20) Relay

21) Who Are You (Who Are You)

22) Join Together

23) Won't Get Fooled Again (Who's Next)

24) The Song is Over (Who's Next)

- Universal Studios avait signé un contrat de deux films avec les Who. Le premier fut l’adaptation de l’opéra-rock Tommy qui sortit tardivement en 1975, Pete Townshend refusant plusieurs scénarii ne les trouvant guère concordants. Réalisé par Ken Russell, on retrouve au casting Oliver Reed (Le Saint, Les dix petits nègres, Gladiator), Elton John, Eric Clapton, Tina Turner, Jack Nicholson ainsi que les Who eux-mêmes. Townshend est même nommé à l’Oscar de la meilleure musique de film mais se fait coiffer au poteau par un certain John Williams et le thème des ‘Dents de la Mer’.

Le second film devait initialement être l’adaptation de feu Lifehouse. Traînant le projet sur trois décennies, Townshend était à deux doigts de boucler la réalisation du long-métrage quelque part dans les années 80. Mais il ne trouve pas mieux que de coucher avec la femme du futur réalisateur, ce qui fait logiquement capoter le projet.

- Le synthétiseur ARP-2500, véritable poumon de l’album, était issu de la société américaine ARP Instruments Inc. Fondée par Alan Robert Pearlman en 1969, la boîte coula une dizaine d’années seulement plus tard, en 1981, pour des raisons financières. Il faut dire qu’à l’époque la concurrence était rude avec le Minimoog qui avait déjà séduit pas mal de groupes et artistes. Le modèle utilisé sur Who’s Next, un ARP-2500, est devenu une véritable pièce de collection, la légende disant qu’il ne fut tiré qu’à une petite centaine d’exemplaires. Proche d’être introuvable, un kit complet et en bon état de marche avoisinerait les 110.000 euros.

- Il est de nos jours tristement difficile d’aborder Baba O’Riley et Won’t Get Fooled Again, les deux titres phares de l’album, sans les citer comme génériques indicatifs des Experts (‘Crime Scene Investigation’ en VO), série policière américaine nullisimo-soporiphique diffusée sur la non moins lamentable chaîne TF1. Avec Who Are You et I Can See for Miles, elles servent à chaque dérivé de cette purge télévisuelle (Manhattan, Miami, etc...). Les quatre séries cumulées totalisant environ 800 épisodes en tout, diffusées dans 150 pays avec une audience de 190 millions de téléspectateurs par épisode, il a été estimé que les titres des Who ont été écoutés environ 150 milliards de fois. Le contrat d’auteur entre la production et Townshend, unique auteur/compositeur de ces morceaux, reste secret. Mais qu’il s’agisse d’un pourcentage sur chaque écoute ou d‘un forfait signé, nul doute que le guitariste peut dormir sur ses deux oreilles.

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