The Tornados - Telstar

Nous tenons ici un morceau historique. C’est en effet cet instrumental futuriste qui détient l’infime honneur d’être le premier single d’un groupe anglais à avoir décroché un numéro un sur le sol américain. The Tornados était au départ le groupe qui accompagnait le rocker Billy Fury, star anglaise incontournable de la fin des années cinquante et début des années soixante. Ce qui légitime le fait qu’ils n’aient jamais eu de chanteur au sein de leur formation. Poussés par la mode des hits instrumentaux dont les plus fidèles représentants restent les Shadows de Hank Marvin, le quintet va populariser le « space age pop » un courant qui reste particulièrement méconnu de nos jours. C’est le producteur et ingénieur du son Joe Meek qui composa le morceau sur un clavioline, l’ancêtre des synthétiseurs et un des premiers instruments électroniques. Considéré comme le Phil Spector anglais, cet amoureux de science-fiction et nouvelles technologies demeure un pionnier de la musique expérimentale, adepte de techniques peu conventionnelles à l’époque comme le re-recording (overdubbing), l’échantillonnage (sampling) ou la réverbération. Après que The Tornados aient fait leur part de boulot, Meek s’empressa d’ajouter quelques bidouillages de son cru ce qui laissa le groupe légèrement dubitatif sur le résultat final. Le titre Telstar tire son nom du satellite de communications du même nom, placé en orbite le 10 juillet 1962. Peu après sa sortie, un compositeur français Jean Ledrut accusa Meek de plagiat, prétextant que la mélodie de Telstar ressemblait étrangement à La Marche d’Austerlitz, composée pour le film Austerlitz (avec Pierre Mondy et Claudia Cardinale) sorti sur grand écran en 1960. Un procès fut alors intenté ce qui le priva de ses royalties durant toute sa vie. Ironie du sort, le film ne sortit en Grande-Bretagne qu’en 1965, soit trois ans après Telstar ce qui prouvait que Meek n’avait jamais vu le film. Deuxième ironie et pas des moindres, le verdict débouta Ledrut et blanchit Meek mais un an après que ce dernier se soit suicidé. Personnage haut en couleur, homosexuel dans une société alors fortement homophobe, Joe Meek était aussi très porté sur le spiritisme et la vie après la mort, se promenant souvent dans les cimetières de nuit pour procéder à des enregistrements. Il vouait un véritable culte à Buddy Holly avec qui, selon lui, il pouvait entrer en contact spirituellement… C’est d’ailleurs le jour anniversaire de sa mort, le 3 février 1967, qu’il décida de mettre fin à ses jours après des années de dépression. Non sans avoir au préalable flingué sa bailleuse qui venait cogner à sa porte dès que la musique était trop forte.

Le guitariste rythmique George Bellamy se trouve être le père de Matthew Bellamy, guitariste et chanteur de Muse. Ces derniers signèrent d’ailleurs un hommage appuyé dans leur titre de 2006 Knights of Cydonia où l’on peut distinguer quelques traces de Telstar, notamment dans l’intro et les riffs de guitare.

L’instrumental grimpe à la première place des charts anglais pour y rester cinq semaines. Il fait de même aux Etats-Unis, devenant le premier titre d’un groupe anglais à décrocher un numéro un, et reste seize semaines dans les charts. Les suivants seront les Beatles avec pas moins de six numéros un rien que pour l’année 1964. Il rentre aussi dans le top Ten de nombreux pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Belgique, qui voueront un culte à la musique électro une décennie plus tard et une admiration toute particulière pour Telstar. Le 45 tours s’est écoulé à plus de cinq millions de copies, un record pour un instrumental.

Le morceau a depuis fait le plaisir des artistes instrumentaux ou électro, des américains The Ventures ainsi que les anglais des Shadows (deux groupes qui ont fait des instrumentaux leur marque de fabrique), Hot Butter ou encore Richard Pinhas sous le pseudonyme THX. Peu après sa sortie en 1962, des paroles sont ajoutées par certains artistes comme Kenny Hollywood ou Margie Singleton. En France, ce sont les Compagnons de la Chanson qui nous gratifièrent d’une version chantée (textes de Jacques Plante) intitulée Une étoile en plein jour. L’actrice et chanteuse Colette Deréal enregistra aussi le titre.

Paroles

(Instrumental)

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