Canned Heat - On The Road Again

Les sixties ont vu la musique prendre des dimensions insoupçonnées, s’ouvrant à un nouveau public bientôt appelé « adolescent » qui, fort de son argent de poche régulier va faire exploser les ventes de 45 et 33 tours pour le plus grand bonheur des maisons de disques. Parmi tous les courants musicaux que propose la vitrine éclectique de cette nouvelle époque réside un petit poucet au rôle pourtant déterminent dans l’émergence des ogres pop et rock. Puisque ces derniers cités tirent leurs racines du blues qui va bénéficier d’un regain d’intérêt aussi légitime qu’inattendu sous l’impulsion notamment des groupes anglais lors de leur invasion américaine. Quand les Rolling Stones déboulent au pays de l’oncle Sam, leur premier souhait est de se rendre au mythique studio Chess de Chicago et de rencontrer leur maître à penser Muddy Waters. Dans leur sillage d’autres formations britanniques vont s’engager comme les Animals, les Yardbirds, Georgie Fame and the Blues Flames puis les guitar-heroes Eric Clapton, Jeff Beck ou Jimmy Page qui formeront tous l’avant-garde du « British Blues ». Ils ne tarissent alors pas d’éloges en interview sur leurs idoles que sont John Lee Hooker et Muddy Waters ou les bluesmen d’avant-guerre qui ont déjà sombré dans l’oubli comme Son House ou Big Bill Broonzy. Car tous ces artistes talentueux vivent dans la misère et l’indifférence la plus totale depuis des années dans leur propre pays. Les anglais vont alors leur offrir une deuxième vie en faisant découvrir à la jeunesse américaine un trésor national inestimable mais méconnu. La scène blues afro-américaine éprouvera toujours une éternelle gratitude envers ces gamins blancs qui n’avaient pas été uniquement biberonnés au rock and roll.

Une deuxième lame va alors déferler sur le pays, initiée cette fois par de jeunes yankees blancs avec en tête Mike Bloomfield, Paul Butterfield ou Big Brother and the Holding Company. C’est aussi le cas d’un jeune disquaire de Topanga Canyon passionné de blues, Bob Hite surnommé The Bear (l’Ours) pour son physique de déménageur. Au milieu de ses bacs remplis de vinyles, il fait la rencontre en 1965 d’un autre féru de musique afro-américaine : Alan « The Owl » Wilson, affublé lui aussi d’un pseudonyme animal (la Chouette) pour des raisons optiques cette fois. Ce dernier passa tout son cursus lycéen à écouter en boucle les pionniers du blues du Delta, de Skip James à Robert Johnson. Il se fait une telle notoriété d’érudit que le producteur John Hammond le contacte pour travailler avec le légendaire Son House. Le bluesman sexagénaire s’est retiré du circuit depuis déjà pas mal d’années et vit à New York dans une pauvreté affligeante, inconscient de l’intérêt suscité par ses enregistrements d’une autre époque. Wilson est alors plébiscité pour enseigner à Son House comment jouer… du Son House qui a tout oublié de ses compositions remontant aux années trente. Il gagne alors en reconnaissance et se voit déjà considéré comme un des meilleurs guitaristes de la côte ouest, notamment à la guitare slide.

La formation classique de Canned Heat (qui tire son nom d’un blues de 1928 de Tommy Johnson), avec le guitariste solo Henry Vestine, le bassiste Larry Taylor et le batteur Frank Cook (remplacé en fin d’année par Fito de la Parra) se produit pour la première fois au festival pop de Monterey en juin 1967. Les critiques sont dithyrambiques, soulignant les talents d’harmoniciste hors pair de Wilson et sa paire magique formée avec Vestine. Si le premier essai éponyme était coulé dans le Chicago blues le deuxième LP Boogie with Canned Heat paru en janvier 1968, comme son nom l’indique, fait la part belle au boogie-woogie qui selon Fito de la Parra est le côté heureux du blues. Et parmi les dix titres se glisse une petite perle, On The Road Again, composition de Floyd Jones un des premiers bluesmen à avoir électrifié son jeu après son arrivée à Chicago. Son morceau est lui aussi une réadaptation de Big Road Blues par Tommy Johnson dont la structure musicale sera adoptée par Howlin’ Wolf sur son célèbre Smokestack Lightning. Le génie d’Alan Wilson concocte un savoureux mélange de toutes les influences de son répertoire blues, ajoutant ce riff boogie piqué au Boogie Chillen de John Lee Hooker. Il dégotte ce son hypnotique si particulier offrant l’atmosphère du morceau à l’aide d’un tambura, sombre instrument d’Europe de l’Est ressemblant à une mandoline à huit cordes. Et par-dessus le marché, Bob Hite qui tenait en temps normal le chant sur tous les titres laisse ici sa place au falsetto de Wilson inspiré de ses heures d’étude des morceaux de Skip James. Il réitèrera l’année suivante sur le sublime Goin’ Up The Country qui aurait largement eu sa place ici. A l’instar de Born to Be Wild, le troisième single de Canned Heat va synthétiser cette volonté d’évasion et de grands espaces dont rêvent tous les beatniks. Elle se retrouve elle aussi sur la B.O. du road-movie Easy Rider en 1969 ce qui va finir d’asseoir sa postérité. On The Road Again va être le premier titre du groupe à entrer dans les charts américains sans pour autant atteindre le top 10 mais décrochant le statut d’hymne culte. Elle fait partie avec Goin’ Up The Country de ces compositions signées Wilson qui témoignent idéalement des aspirations de la Chouette pour la nature et ce qu’on appellera bientôt l’écologie. Il n’est donc pas exagéré de conclure que la mort de ce dernier en 1970 (qui ouvrira la funeste moisson à venir au sein du club des 27) sonnera le glas de Canned Heat en tant que groupe talentueux et prometteur. Même si depuis plus de cinquante ans maintenant, les quelques membres survivants continuent à délivrer leur boogie endiablé en sillonnant les routes… again.

A force de matraquage sur les ondes FM alternatives, le morceau finit par entrer dans les charts dans une version plus courte que l’originale. Il atteindra son meilleur rang à la 16ème place du Billboard américain. Au Royaume-Uni, il fera encore mieux en grimpant à la 8ème position.

Le titre a été rejoué par Rockets, Status Quo, Katie Melua ou les canadiens de Sloan. A ne pas confondre avec la chanson de Bernard Lavilliers du même nom qui n’a aucun lien avec celle de Canned Heat.

Paroles

Well, I'm so tired of crying
But I'm out on the road again
I'm on the road again
Well, I'm so tired of crying
But I'm out on the road again
I'm on the road again
I ain't got no woman
Just to call my special friend

You know the first time I traveled
Out in the rain and snow
In the rain and snow
You know the first time I traveled
Out in the rain and snow
In the rain and snow
I didn't have no payroll
Not even no place to go

And my dear mother left me
When I was quite young
When I was quite young
And my dear mother left me
When I was quite young
When I was quite young
She said "Lord, have mercy
On my wicked son"

Take a hint from me, mama
Please don't you cry no more
Don't you cry no more
Take a hint from me, mama
Please don't you cry no more
Don't you cry no more
'Cause it's soon one morning
Down the road I'm going

But I ain't going down
That long old lonesome road
All by myself
But I ain't going down
That long old lonesome road
All by myself
I can't carry you, baby
Gonna carry somebody else

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