Rock is Dead (Partie 1)

Glenn Miller (1er mars 1904 – 15 décembre 1944) :

Célèbre tromboniste et chef d’orchestre américain, Glenn monte à New York à l’âge de vingt-quatre ans. Après un premier big-band ‘Smith Ballew Band’ qui connaîtra une certaine réussite, il décide à la fin des années 30 de monter son propre orchestre. Le succès est immédiat avec les titres In The Mood ou Moonlight Serenade qui sont depuis rentrés dans la légende. En plein conflit mondial, il dirige un orchestre militaire et donne des centaines de concerts pour regonfler le moral des troupes.

Basé à Londres, il embarque dans un petit avion à destination de la France le 15 décembre 1944 où son orchestre doit le rejoindre. Il y a ce jour-là un épais brouillard au-dessus de la Manche et l’aéronef survole par mégarde une zone destinée au largage des bombardiers alliés de retour d’Allemagne. Percuté ou soufflé par une explosion, l’avion s’abîme en pleine mer.

 

The Day The Music Died (3 février 1959) :

Cette formule tirée de la chanson American Pie (1971) de Don McLean fait référence à l’accident d’avion qui tua Buddy Holly (22 ans), Ritchie Valens (17 ans) et The Big Bopper (28 ans). Buddy Holly, qui s’était séparé de son groupe The Crickets en novembre 1958, faisait partie des pionniers du rock ‘n roll dont il a gravé des titres mémorables comme That’ll Be The Day, Peggy Sue, Oh, Boy! ou Rave On. Ritchie Valens venait juste de placer un titre au sommet des charts, Donna, mais c’est son La Bamba sorti en janvier qui sera un succès mondial après sa mort. Big Bopper, quant à lui, était disc jockey sur la radio locale KTRM et connut son heure de gloire avec le titre Chantilly Lace.

Accompagnés de Dion And The Belmonts (Runaround Sue), ils partent en tournée fin janvier dans un bus miteux dont le chauffage ne marche plus. La grippe fait alors des ravages dans la troupe. Le batteur Carl Bunch est hospitalisé pour des engelures au pied et doit quitter la tournée (ce qui lui sauvera la vie). Arrivés à Clear Lake (Iowa), les musiciens n’ont plus le moral. Buddy Holly, fatigué de ces trajets en bus, décide d’affréter un avion après le concert pour les emmener dans le Minnesota, leur prochaine destination. L’avion (un vieux monomoteur de 1947) ne pouvant transporter que trois passagers, The Big Bopper, grippé, demande au bassiste Jennings de lui céder sa place. Buddy Holly, apprenant l'absence de Jennings dans l'avion, lance en plaisantant : « Eh bien, j'espère que vous allez tous vous geler dans votre vieux bus ! ». Jennings répond : « Eh bien, j'espère que vous allez tous vous écraser dans votre vieil avion ! ». Cette réponse pleine d'humour mais infortunée l'a hanté toute sa vie. Ritchie Valens demande au guitariste Tommy Allsup de lui céder sa place dans l’avion. Ils décident de jouer la place à pile ou face dans la salle de bal à la fin du spectacle et c’est le jeune Ritchie qui gagne son siège. Selon la hiérarchie installée, la place avait été au préalable proposée à Dion DiMucci mais celui-ci avait refusé trouvant le prix trop exorbitant (36 dollars soit plus de 300 dollars actuels).

Le mardi 3 février à 0h55 l’avion aux commandes de  Roger Peterson un pilote local de 21 ans décolle du petit aéroport municipal de Mason City. La température au sol est de -10°C avec des bourrasques à 90km/h cette nuit et le fort vent du sud amène des averses de neige. La visibilité à l'horizon est faible et les nuages bas cachent les étoiles. La zone dans laquelle l’avion évolue est faiblement peuplée, et ne contient donc presque aucun repère lumineux. Le pilote se trouve rapidement dans le noir le plus complet, coincé entre le sol, noir, et la base du nimbostratus à 2000m d’altitude, noire elle aussi. Seulement dix minutes après le décollage, tout contact radio est perdu avec l’appareil. Au petit matin, Hubert Dyer le propriétaire de la compagnie aérienne, décide de survoler la zone et à 9h35 repère l’épave à 10 km de l’aéroport, dans un champ de maïs. L’avion a heurté le sol à très grande vitesse, environ 270km/h, et des débris s’échelonnent sur 150m. Tous les corps, excepté celui du pilote, ont été éjectés de la carlingue et reposent près du fuselage.

La mère de Buddy Holly s’évanouit en apprenant la nouvelle par la radio. Sa femme depuis six mois Marìa Elena, enceinte, apprend la mort de son mari aux informations télévisées. Elle fera une fausse couche quelques semaines plus tard. Suite aux conditions dans lesquelles les proches ont appris les décès, il fut décidé que les autorités ne communiqueraient plus les noms des victimes à la presse avant d’avoir informé les familles.

 

Eddie Cochran (3 octobre 1938 – 17 avril 1960) :

Le petit génie du Minnesota fait lui aussi partie des premiers artistes rock et rockabilly que l’Amérique ait connu. Multi instrumentiste confirmé (il joue guitare, basse, piano et batterie), Eddie s’intéresse très tôt à la musique et forme tout d’abord un duo avec son homonyme Hank Cochran. Mais c’est son apparition aux côtés d’autres artistes de sa génération dans le film The Girl Can’t Help It (La Blonde et Moi) avec Jayne Mansfield et son interprétation de sa chanson Twenty Flight Rock qui le propulse star nationale. Il signe alors un contrat chez Liberty Records où il enregistre ses premiers succès comme Summertime Blues, Somethin’ Else ou C’mon Everybody. Très prolifique, il tient la guitare sur les enregistrements de nombreux artistes de l’époque (plus d’une trentaine) sans oublier de garnir sa propre discographie de plusieurs 45 tours. Cette véritable boulimie de travail s’explique par l’angoisse qu’il avait de perdre la vie sur les routes, la mort de ses deux amis Buddy Holly et Ritchie Valens l’ayant profondément marqué. Il sort le titre Three Stars (Trois nouvelles étoiles dans le ciel) en leur mémoire. Au début de l’année 1960, il part en tournée au Royaume-Uni en compagnie de Gene Vincent (Be-Bop-A-Lula).

Le samedi 21 avril, à 23h50, le taxi (un Ford Consul) qui l’emmenait lui, sa fiancée Sharon Sheeley, Gene Vincent ainsi que leur tour manager Pat Thompkins, de Bristol à l’aéroport de Londres est victime d’un accident. Traversant la ville de Chippenham dans le Wiltshire, un pneu éclate sur Rowden Hill et le véhicule termine sa course dans un lampadaire. Cochran, assis au centre sur la banquette arrière, se jette sur sa fiancée Sharon pour la protéger et est éjecté par la portière qui s’est ouverte.

Les autres passagers s’en sortent avec quelques contusions et Gene Vincent avec de graves séquelles à sa jambe qui l’handicapera jusqu’à la fin de ses jours. Le chauffeur de taxi, George Martin, se verra condamné à 50£ d’amende et une suspension de sa licence pour quinze ans. Son dernier morceau Three Steps To Heaven, sorti un mois plus tard, se classera numéro un.

 

Sam Cooke (22 janvier 1931 – 11 décembre 1964) :

Originaire de Clarksdale dans le Mississippi, où Robert Johnson passa son pacte avec le diable, Sam Cooke est considéré comme le père de la soul ouvrant la voie à une armée d’artistes (Otis Redding, James Brown, Marvin Gaye ou Aretha Franklin) qui ne cesseront de l’encenser. C’est à Chicago, où sa famille déménage quand il est enfant, qu’il découvre le gospel et intègre le groupe The Soul Stirrers au début des années cinquante. Sa voix chaude et suave, qu’il ne force jamais, est immédiatement reconnaissable. Son premier numéro un en solo You Send Me en 1957, lui permet de gagner suffisamment d’argent pour enfin quitter l’appartement de son producteur qui l’hébergeait. Ses morceaux suivants Wonderful World, Twistin’ The Night Away ou Another Saturday Night confortent son titre de King of Soul (attribué ensuite à James Brown et Otis Redding).

Cooke est abattu le soir du 11 décembre 1964 à l’Hacienda Motel de Los Angeles par Bertha Franklin, la propriétaire. Elle expliqua son geste comme de la légitime défense après que le chanteur ait fait irruption à la réception, saoul et à moitié nu, à la recherche d’une fille (Elisa Boyer) qui avait précipitamment quitté sa chambre. Elle fit feu en plein thorax après qu’il se soit jeté sur elle. La fille en question raconta plus tard que Cooke, avec qui elle avait passé la soirée, l’avait forcé à venir dans sa chambre d’hôtel et qu’elle s’était enfuie par peur d’être violée. Sorti une semaine après sa mort, A Change Is Gonna Come fut son plus grand succès et devint au fil des années soixante l’hymne du mouvement des droits civiques qui saisit l’Amérique.

 

Otis Redding (9 septembre 1941 – 10 décembre 1967) :

The Mad Man from Macon (Géorgie), dont il deviendra le maire d’honneur, quitta l’école très tôt afin de subvenir aux besoins de sa famille et de son père tuberculeux. Entre ses petits boulots de puisatier ou pompiste, il joue tous les dimanches dans un groupe de gospel et se fait vite repérer par Johnny Jenkins qui l’emmène en tournée. Cette association lui permet de rencontrer son futur agent Phil Walden qui lui propose un contrat dans sa maison de disques des studios Stax à Memphis. Dès 1962, ses premiers simples sont très ancrés dans ses racines soul comme en témoignent These Arms Of Mine, Pain In My Heart ou That’s What My Heart Needs.

Le virage musical opère dès la sortie de Mr. Pitiful puis son album Otis Blue en 1965 (avec notamment sa reprise Shake de Sam Cooke et surtout Satisfaction des Rolling Stones) qui lui ouvre les portes des charts rythm & blues. Il compose aussi Respect avant de l’offrir à Aretha Franklin qui en fera un tube planétaire. Ses performances de show-man participent aussi grandement à sa renommée. Tout d’abord pensionnaire de l’Apollo Theather de New York, il migre ensuite au Whisky-A-Go-Go sur le Strip de L.A. où le public est au rendez-vous et les critiques dithyrambiques.

En 1966, il débute une tournée européenne en commençant par Londres où les Beatles lui envoient une limousine à son arrivée à Heathrow. Le succès est une nouvelle fois au rendez-vous. Après un album en duo avec Carla Thomas au début de l’année 67, Otis retourne en Europe avant de se produire au festival pop de Monterey en juin avec Booker T & The MG’s et la section cuivre des Mar-Keys. Son show électrique, qui sera aussi un de ses derniers, hypnotise toute l’assemblée de hippies californiens et d’artistes présents (Brian Jones et Jimi Hendrix se diront choqués par la présence scénique d’Otis) ce qui enthousiasme le Big O, fier d’être adopté par cette culture rock et son public. C’est d’ailleurs après avoir écouté à plusieurs reprises le Sgt. Pepper’s des Beatles qu’il se met à composer ce qui deviendra Sittin’ On The Dock Of The Bay sur un bateau quelque part dans la baie de Sausalito. Il défendra son nouveau morceau contre les réticences de Stax, qui voit d’un mauvais œil ce tournant musical loin du rythm & blues des débuts. Même sa femme Zelma trouve la mélodie trop atypique quand Otis la considère comme sa meilleure composition. A juste titre car le 45 tours se vendra à quatre millions d’exemplaires et sera son unique morceau à atteindre la première place du Billboard. Mais Otis n’en saura jamais rien.

La nuit du 10 décembre, après un concert à Madison (Wisconsin), l’avion le transportant lui et les membres des Bar-Kays décolle sous une pluie battante et un brouillard épais malgré les avertissements de la tour de contrôle. Il s’écrasera dans le lac Monona sans que les causes précises n’aient jamais pu être déterminées. Un seul membre des Bar-Kays, Ben Cauley, survivra, l’accident faisant sept victimes dont les autres membres du groupe et Otis qui venait d’avoir vingt-six ans.

 

Duane Allman (20 novembre 1946 – 29 octobre 1971) :

Considéré comme l’un des plus grands guitaristes que le rock ait connu, au même rang que Hendrix ou Clapton, ‘Skydog’ fait ses gammes dans sa ville natale de Nashville, Tennessee. Sa mère lui offre très jeune une Gibson Les Paul qu’il adoptera toute sa vie, façonnant son jeu sonore. C’est après avoir vu B.B. King en concert, accompagné de son frère cadet, que le blues devient une révélation pour lui. Après s’être cassé la clavicule suite à une chute à cheval, il décide de se servir de la bouteille contenant ses comprimés comme d’un bottleneck afin de jouer en slide. Doté d’un certain talent naturel, il apprend les rudiments à une vitesse incroyable et le jeu slide deviendra sa marque de fabrique.

Dès 1968, il commence à se faire un nom comme musicien de studio aux côtés d’artistes de renom comme Wilson Pickett, Percy Sledge ou Aretha Franklin. Retiré dans une vieille cabane au bord d’un lac près de Jacksonville en Floride, il peaufine son jeu, travaillant parfois plus de dix heures par jour. Fort de son expérience, Duane décide de monter son propre groupe The Allman Brothers Band comprenant son frère Gregg, Dicky Betts, Berry Oakley, Butch Trucks et Jaimoe. Après avoir assisté à un concert d’Eric Clapton à Miami, les deux virtuoses jammèrent une nuit entière, se trouvant de nombreuses similitudes mutuelles. God et son groupe du moment Derek & The Dominos propose à Duane de travailler à ses côtés sur Layla And Other Assorted Love Songs et l’invite même à le rejoindre de façon permanente, proposition qu’il décline. Clapton racontera plus tard qu’ils étaient inséparables lors de ces sessions et que Duane était le ‘frère musical qu’il n’avait jamais eu’. Le premier LP des Allman Brothers, sorti à la fin de l’année 1969, ouvre la voie du rock sudiste. Mais c’est leur At Fillmore East enregistré les 12 et 13 mars 1971 dans l’arène du même nom à New York, qui restera gravé à jamais comme l’un des meilleurs albums live de l’histoire du rock.

Le 29 octobre de la même année Duane se tue à seulement vingt-quatre ans sur Hillcrest Avenue (Macon, Géorgie) qu’il remontait à très grande vitesse sur sa Harley-Davidson Sportster. Il heurte l’arrière d’un camion à grue à une intersection et est écrasé par le poids de sa moto éjectée dans les airs. La chanson Free Bird de Lynyrd Skynyrd lui sera dédiée.

 

Berry Oakley (4 avril 1948 – 11 novembre 1972) :

Né à Chicago où il passe son enfance, Berry déménage ensuite en Floride et rencontre Dickey Betts qui l’intègre dans son groupe The Second Coming. Ils rencontrent par la suite Duane Allman avec qui ils fondent The Allman Brothers Band. Au sein de la formation Berry prend la basse, une Fender Jazz Bass renommée ‘The Tractor Bass’ et devient l’échine du groupe par sa ligne rythmique et mélodique. Le live At Fillmore East est un parfait exemple pour se faire une idée de son jeu soutenu.

Dévasté après la mort de Duane, il tente vainement de garder un semblant de cohésion et d’unité dans le groupe. Ironiquement il se tue lui aussi en moto dans Macon, à trois rues seulement de l’accident de son comparse et presque un an après jour pour jour. Dépassant un véhicule, sa moto percute un bus scolaire qui s’engageait à contre-sens. Berry avait lui aussi tout juste vingt-quatre ans.

 

Jim Croce (10 janvier 1943 – 20 septembre 1973) :

C’est dans sa ville natale de Philadelphie que Jim commence à se produire dans les cafés, steak-house ou sur les campus. Il rencontre sa future femme Ingrid Jacobson en 1963 lors d’un concours musical et forment un duo, reprenant des chansons de Joan Baez ou Woody Guthrie. Ils se marient trois ans plus tard, Croce se convertissant à la religion de sa femme, le judaïsme. Ses parents lui offrent cinq cents dollars de dot, exigeant par contre qu’il s’en serve pour enregistrer un disque, espérant secrètement que ce dernier soit un flop et décourage leur fils de continuer dans cette voie. Il sera tiré à seulement cinq cents copies mais Croce ne baissera pas les bras. Il travaille en parallèle à sa musique comme camionneur ou sur les chantiers pour payer les factures du couple.

En 1970, il rencontre le guitariste et pianiste auteur-compositeur Maury Muehleisen avec qui il collaborera jusqu’à leur mort commune. Après un contrat signé chez ABC Records, Croce sort deux albums à un an d’écart You Don’t Mess Around With Jim et Life And Times. Ses singles Time In A Bottle, Operator et Bad, Bad Leroy Brown reçoivent tous un accueil chaleureux le dernier cité décrochant même la première place des charts et s’écoulant à deux millions d’exemplaires.

Une semaine seulement après avoir bouclé son troisième album I Got A Name, le 20 septembre 1973, son avion qui décollait de Natchitoches (Louisiane) à destination du Texas heurte un arbre en bout de piste, au moment du décollage, et s’écrase. Tous les passagers, comprenant aussi son ami Maury, perdent la vie.

Fatigué des tournées et loin de sa femme et son fils nouveau-né, Jim Croce songeait à quitter la musique pour couler des jours heureux entouré de ses proches. Il coucha même ses velléités dans une lettre destinée à sa femme qu’elle ne reçut qu’après sa mort. Jim Croce avait trente ans.

 

Tim Buckley (14 février 1947 – 29 juin 1975) :

Bourlinguant durant son enfance dans tous les Etats-Unis, de Washington à Los Angeles, le jeune Tim est très vite influencé par le courant folk et son chantre Bob Dylan. Il se rend vite compte de son potentiel vocal qui couvre cinq octaves. Fraîchement débarqué à L.A. où il joue dans les bars et cabarets du Strip, il rencontre Frank Zappa et signe rapidement chez Elektra Records, le label des Doors. Buckley sort son premier album éponyme à seulement dix-neuf ans, sous l’égide de tout le gratin de production Doors, Paul Rothchild, Jac Holzman et Jack Nietzsche. Ses compositions sont saluées, tout comme sa voix de tête très distincte. Mais c’est son deuxième album Goodbye & Hello sorti l’année suivante en plein ‘Summer Of Love’ qui démontre toute l’étendue de son talent, mélangeant les balades folk aux pamphlets engagés contre la guerre du Vietnam. Sa voix, qui devient son arme la plus séduisante, a évolué elle-aussi passant des graves aux falsettos avec une aisance déconcertante qui ne cessera d’être une source d’inspiration des générations plus tard pour Thom Yorke ou Matthew Bellamy.

Après un virage à cent quatre-vingt degrés dans le jazz avant-gardiste et le funk l’espace de quelques albums qui seront des échecs commerciaux, lui mettant à dos toute la communauté folk très puriste qui le voyait comme le nouveau Dylan, il revient à des racines plus rock avec le magnifique Greetings From L.A. Démoralisé par les revers de sa ‘sex-funk period’ comme il l’appelait, Tim sombre progressivement dans l’alcool et les drogues.

Après un show donné à Dallas le 28 juin 1975, il part fêter la fin proche de sa tournée avec ses musiciens et amis. De retour au domicile de son ami de longue date Richard Keeling, ce dernier sort un sac d’héroïne qui met Buckley dans un tel état que la bande décide de le ramener chez sa femme Judy. Elle le retrouvera mort quelques heures après l’avoir couché, d’une surdose d’héroïne couplée à de la morphine, à l’âge de vingt-huit ans. Le fils qu’il avait eu avec sa première compagne et qu’il n’aura jamais connu, Jeff Buckley, trouvera lui aussi la mort de façon tragique à l’âge de trente ans en se noyant dans la Wolf  River du Mississippi.

 

Elvis Presley (8 janvier 1935 – 16 août 1977) :

Est-il vraiment utile de présenter le King ? Plus d’un milliard de disque vendus, plus d’une centaine de disques d’or ou de platine et un disque de diamant (correspondant à plus de dix millions de ventes pour Elvis’ Christmas Album), plus de mille concerts donnés et acteur dans une trentaine de films. Elvis est une institution à lui seul, Elvis est le rock’n’roll. De ses débuts avec That’s All Right Mama et les premiers enregistrements chez Sun Records (Good Rockin’ Tonight, Baby Let’s Play House, Mystery Train…) à la gloire suite à son passage chez RCA Records avec Blue Suede Shoes, Hound Dog ou Jailhouse Rock. Mais appelé à effectuer son service militaire et mobilisé en Allemagne, le King subit son premier coup d’arrêt dans sa carrière alors que sa mère qu’il adule meurt au même moment. John Lennon dira même qu’Elvis est mort le jour de son départ à l’armée. Il ramènera tout de même dans ses valises une gamine de quatorze ans Priscilla Beaulieu qu’il épousera et qui lui donnera son seul enfant.

Elvis traverse les années soixante non pas en tant que chanteur mais en acteur hollywoodien. Il tourne plusieurs dizaines de films, du bon à l’exécrable, auprès d’acteurs reconnus comme Charles Bronson ou Ursulla Andress. Ses disques tirés de ses films ne se vendent plus, le vent musical a tourné et l’invasion britannique a déjà opéré. Presley regarde avec dédain tous ces groupes à guitare chevelus qu’il trouve vulgaires, alors que lui-même avait été taxé d’incitation à la débauche à ses débuts. A l’expiration de son contrat avec Hollywood en 1969, il décide d’arrêter l’aventure et de revenir à la scène. Et tous ceux qui avaient enterré le King trop vite durent rester pantois devant son fameux coming-back télévisé de 1968 où Elvis brilla de mille feux. Entièrement vêtu de cuir noir, les cheveux gominés et plus sexy que jamais, Elvis joue plusieurs morceaux de son répertoire légendaire en compagnie de Scotty Moore, entouré de son public avec qui il n’hésite pas à échanger, blaguer et narrer des anecdotes croustillantes. Fort de l’énorme succès de sa diffusion pour les fêtes de Noël, le King retourne en studio pour graver de nouveaux morceaux plus contemporains. En ressort From Elvis in Memphis et des titres comme In The Ghetto ou Suspicious Minds qui se classe durant une vingtaine de semaines dans les charts et finit même numéro un en Angleterre. A la même période, le Colonel Parker lui décroche un contrat à 100.000 dollars par semaine pour se produire à Las Vegas. Il y jouera jusqu’à sa mort. Entre son quartier général à l’International Hotel de Vegas et ses tournées sur le territoire américain, Elvis culminera à plus de mille cinq cents concert jusqu’à sa mort.

Vers la fin de sa carrière, fatigué physiquement et moralement, il ne mène pas un mode de vie des plus sains. Médicaments, drogues et cuisine hyper-riche, à base de beurre de cacahuète, l'ont laissé obèse, méconnaissable, au regard du jeune Dieu qui avait révolutionné le rock en 1954, et de celui qui était revenu, quatorze ans plus tard, au top de sa forme après avoir abandonné le cinéma. Le King n'a que 42 ans lorsque, le 16 août 1977 au matin, il est retrouvé mort dans sa propriété de Graceland par sa nouvelle petite amie Ginger Alden. Officiellement, son corps sans vie a été découvert dans sa salle de bains et Presley est décédé d'une crise cardiaque : arythmie cardiaque résultant d'une hypertension. Il faut dire que le cocktail d’antidépresseurs et de somnifères qu’il prenait contre son insomnie n’a pas arrangé son état de santé.

Mais en 2010, la biographie de son médecin personnel, le Dr. George Nick Nichopoulos change la donne. Le King serait en réalité mort… sur ses toilettes ! Le chanteur souffrait depuis plusieurs années de constipation chronique et avait toujours refusé de subir une colostomie, son colon étant deux fois plus gros que chez une personne normale. Des selles datant de trois à quatre mois furent même retrouvées. Le Dr. Nichopoulos rajoute même : « Nous pensons qu’Elvis est décédé d’un cas physiologique normal entré en jeu, appelé ‘Manœuvre de Valsalva’. Ceci a causé l’arrêt de son cœur lorsque son corps a forcé. Lorsqu’Elvis a comprimé son aorte abdominale en forçant, son cœur est entré en arythmie puis s’est arrêté soudain. » Ou comment détruire le mythe.

 

Marc Bolan (30 septembre 1947 – 16 septembre 1977) :

Mark Feld de son vrai nom grandit à Londres et baigne dès son plus jeune âge dans le rock’n’roll de Chuck Berry, Gene Vincent ou Eddie Cochran dont il assistera au dernier concert avant son accident. Dès l’école, il monte son groupe de skiffle avec Helen Shapiro comme chanteuse. Après une brève carrière dans le mannequinat en tant que ‘John Temple Boy’ où il pose pour des catalogues de sous-vêtements, il enregistre un premier acétate sous le pseudonyme Toby Tyler dès dix-sept ans. Il signe ensuite chez Decca Records, prend son nouveau nom de scène Marc Bolan et sort quelques sombres singles de folk inspirés par Dylan et Donovan. Son manager Napier Bell prévoit un temps de le faire rejoindre son groupe The Yardbirds mais c’est par les mod de John’s Children qu’il fait un passage éclair. Dès 1967, Bolan décide de monter son propre groupe Tyrannosaurus Rex avec la participation de Steve Peregrin Took. Leur musique orientée folk psychédélique est très inspirée par Syd Barrett que Marc adule et le duo sort quatre albums qui passent quasiment inaperçus.

Après avoir raccourci le nom à T-Rex, Bolan sort en 1970 le single Ride A White Swan très rapidement suivi par Hot Love qui lancent définitivement sa carrière. Sur scène, Marc se met à porter des chapeaux haut-de-forme et des boas à plumes flashy. Ses tenues extravagantes, comme celles de son ami de longue date David Bowie, lancent durablement le mouvement glam rock. La sortie de Electric Warrior l’année suivante ainsi que des titres Bang A Gong (Get It On) et Jeepster provoquent des émeutes en Angleterre comparées à la Beatlemania et qui seront appelées ‘T-Rextasy’. Le groupe sort leur troisième LP l’année suivante The Slider qui sera leur meilleure vente aux U.S. mais l’euphorie commence déjà à retomber et Bolan ne retrouvera plus jamais le succès de ses débuts.

Il rencontre la musicienne Gloria Jones qu’il intègre par intermittence dans sa formation avant de l’épouser et lui faire un enfant. C’est d’ailleurs avec cette dernière au volant de leur Mini 1275 GT qu’il trouve la mort dans un accident de la route le 16 septembre 1977 à l’aube de son trentième anniversaire. Il est tué sur le coup alors que Gloria s’en tire avec un bras et une mâchoire cassée. Bolan n’avait jamais voulu passer son permis par peur justement de perdre la vie dans un accident de la circulation, comme son idole de jeunesse Eddie Cochran.

 

Ronnie Van Zant (15 janvier 1948 – 20 octobre 1977) :

Ron naquit et grandit à Jacksonville en Floride et passa par plusieurs vocations sportives (la boxe, le baseball ou même les courses de stock-car) avant de se tourner vers la musique. Durant l’été 1964, avec ses copains de bahut Allen Collins, Garry Rossington, Larry Junstrom et Bob Burns, Ronnie fonde My Backyard qui se spécialise dans les reprises de Them et des Stones. Pendant quatre années, le groupe (qui change régulièrement de nom) se produit dans les bars, clubs et autres fêtes paroissiales, jonglant entre les concerts le week-end et le lycée la semaine. Tous les membres étudient à la Forrest High School et subissent le code disciplinaire strict du proviseur concernant la tenue vestimentaire et la longueur de cheveux réglementaire. Et leur professeur de sport, Mr. Skinner, est particulièrement intransigeant à ce sujet, renvoyant très souvent de son cours les membres du groupe. Alors quand One Percent (leur nouveau nom) joue au Forrest Inn devant une bonne partie des jeunes de leur lycée et leur demande d’applaudir s’ils veulent que le groupe s’appelle Leonard Skinner, c’est un plébiscite. Pour éviter d’éventuels problèmes juridiques, ils modulent un peu l’orthographe qui devient Lynyrd Skynyrd en 1969.

Le groupe, qui change alors pas mal son line-up, commence à enregistrer plusieurs démos (dont Free Bird que personne ne veut alors) et ses membres ayant tous fini le lycée, tourne pas mal dans le sud des Etats-Unis. Ils finissent par être repéré par Al Kooper qui les signe chez MCA où ils enregistrent leur premier LP (pronounced 'Lĕh-'nérd 'Skin-'nérd) en seulement cinq semaines tous les morceaux étant déjà rôdés depuis des années. L’album est un franc succès, comparé aux Rolling Stones ou Allman Brothers, et Pete Townshend leur demande d’assurer la première partie de la tournée américaine des Who. Pour leur deuxième opus, le groupe part enregistrer à Los Angeles au Record Plant Studios. La pression pour le groupe à Los Angeles fut à son comble, outre le fait de réussir à placer le nouvel album dans le top 40 des charts, le groupe devait partager les studios avec les Eagles et Stevie Wonder qui travaillaient sur leurs nouveaux albums, sans compter la présence de John Lennon et Jackson Browne qui trainaient parfois dans les couloirs du Record Plant. Le comble fut le jour où John Lennon entra dans la salle de contrôle, où officiait Al Kooper, pendant que le groupe jouait, les paralysant le reste de la journée.

Porté par leur plus grand succès Sweet Home Alabama, ce Second Helping est une réussite totale. Le morceau qui ne devait d’ailleurs pas sortir en 45 tours, jugé trop ‘régional’, est une réponse acerbe au Alabama de Neil Young sorti un an plus tôt sur Harvest et qui voyaient tous les sudistes comme des ploucs racistes. Pas vraiment au goût du groupe. Les trois années suivantes finirent d’asseoir Lynyrd Skynyrd comme fer de lance du rock sudiste (southern rock). Le crew qui cartonne sur tout le sol américain enchaîne les tournées à un rythme effréné. Pour promouvoir leur dernier album Street Survivors, une tournée de quarante-cinq dates est programmée dès l’automne 1977. Le groupe, qui avait comme habitude de se déplacer en bus, ne peut plus faire autrement que d’affréter un avion pour assurer tous les concerts.

Le 19 octobre, après un show à Greensville, le groupe et tout son staff (26 passagers au total) embarquent à destination de Bâton-Rouge. Après moins de deux heures de vol, le pilote contacte la tour de contrôle de Houston et demande à être dérouté en urgence vers l’aéroport le plus proche, en l’occurrence celui de McComb. Mais par manque de carburant, l’avion s’écrase dans les marais de Gillsburg tuant six personnes dont les deux pilotes, Van Zant, Dean Kilpatrick (road manager), Stevie Gaines (guitariste) et sa sœur Cassie (choriste).

Les autres membres du groupe survécurent malgré de graves séquelles. La zone du crash étant située en plein marécage sans aucune habitation aux alentours, les moins blessés durent eux-mêmes partir chercher les secours. Ils arrivèrent tant bien que mal à rallier une ferme pour donner l'alerte, le fermier du nom de Johnny Mote, effrayé par l'apparence des trois survivants, saisit son fusil et tira en l'air avant de comprendre ce qui était arrivé. Stevie Gaines avait vingt-huit ans et Ronnie Van Zant vingt-neuf ans tout comme Cassie Gaines.

 

Terry Kath (31 janvier 1946 – 23 janvier 1978) :

Originaire de Chicago, comme tous les futurs membres du groupe du même nom, Terry est d’abord influencé par des guitaristes de jazz comme Howard Roberts ou Johnny Smith. Après être passé par différentes formations, il fonde avec Peter Cetera (basse), Danny Seraphine (batterie), Walter Parazaider (saxophone), Robert Lamm (piano) et James Pankow (trombone) Chicago Transit Authority qui sort dès leur premier essai un double album, chose assez rare. Ils migrent à Los Angeles où ils signent chez Columbia Records. Deux années plus tard le groupe raccourci son nom au simple Chicago.

Leur premier LP rencontre tout de suite un franc succès, se vendant à un million d’unités. Chicago est un subtil mélange de tous les genres musicaux en vogue à l’époque, du rock à la pop, en passant par le blues, le jazz ou encore la salsa. Terry, qui tient le chant principal sur de nombreux morceaux, est considéré comme le Ray Charles blanc en raison de ses qualités vocales indéniables. La particularité de chaque album ponctuant leur discographie est qu’aucun ne porte de titres et chacun est sobrement appelé Chicago suivi du numéro de chaque volet. Le groupe traverse les années soixante-dix avec plusieurs morceaux phares se retrouvant souvent au sommet des charts : Saturday In The Park, Old Days, If You Leave Me Now… Leurs albums ne dérogent pas à cette règle et chaque opus de Chicago III en 1971 à Chicago X en 1976 se logent sur le podium des charts américains. Kath était coutumier des armes à feu et s’amusait souvent avec celles-ci.

L’après-midi du 23 janvier 1978 alors que le groupe était chez leur roadie Don Johnson à Woodland Hills, L.A., Terry jouait depuis un moment avec un calibre .38 tirant à vide sur sa tempe. Malgré les avertissements de Johnson l’incitant à la prudence, il prit un 9mm semi-automatique, réitérant qu’il n’y avait aucun danger le chargeur étant retiré. Une balle étant restée dans la chambre, le coup partit et tua Kath instantanément devant toute l’assistance. Le groupe fut dévasté après l’accident et songea à se séparer. Ils sortirent finalement un douzième opus, intitulé Hot Streets, brisant ainsi leur tradition d’un nombre comme titre d'album.

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