The Guess Who - American Woman

L’histoire de la formation canadienne est tout d’abord une histoire d’identité. Formé au début des années soixante à Winnipeg, à quelques kilomètres de la frontière américaine, autour de Chad Allan celui-ci donnera son nom aux premiers groupes : Chad Allan and The Silvertones, puis The Reflections et enfin The Expressions. Tout ça en seulement trois ans ! A noter que lorsqu’ils voulurent raccourcir à The Reflections, une formation américaine du même nom qui venait de placer (Just Like) Romeo & Juliet dans les charts leur dama le pion. Grandement inspirés par la musique britannique qui inonde les fréquences, ils décident de graver une reprise de Shakin’ All Over de Johnny Kidd & The Pirates en 1965. George Struth, producteur de la maison de disques Quality Records, distribue son morceau estampillé de l’accroche « Guess Who ? » (Devinez qui est-ce ?) afin de laisser planer le mystère sur la nationalité du groupe. Une méthode marketing déjà utilisée l’année précédente par « The You Know Who Group » et leur single Roses Are Red My Love. Mais désormais les DJ des stations radio qui diffusent le single n’annoncent plus Chad Allan & The Expressions mais The Guess Who? Le pauvre Allan et ses ouailles (dont le guitariste Randy Bachman arrivé entre temps et qui montera le célèbre Bachman-Turner Overdrive dans les années soixante-dix) sont alors contraints d’adopter ce nouveau pseudonyme. Énième ironie du sort, un groupe anglais (pas factice pour le coup) est en train de gagner en popularité dans la capitale londonienne sous le nom… The Who. Les deux formations seront sujettes à de nombreux quiproquos cocasses, notamment les canadiens qui se verront régulièrement demander en concert de jouer My Generation. Toujours fasciné par la scène britannique, The Guess Who? (orphelin de Chad Allan parti à cause de problèmes vocaux) décide de franchir le pas et de se rendre en Terre Promise pour une série de concerts avec le jeune de dix-huit ans Burton Cummings au chant. Mais cette tournée vire très vite au fiasco et The Guess Who? rentre au bercail criblé de dettes. Pour les rembourser ils sont forcés de signer comme groupe maison du programme musical « Let’s Go » (animé par leur ancien comparse Chad Allan) sur la chaîne télé CBS et de reproduire les hits du moment. Ces performances tapent dans l’œil du producteur Jack Richardson qui finit d’éponger leurs dettes et les signe sur son label Nimbus 9 (puis plus tard RCA Records quand il hypothèque sa propre maison pour y parvenir). Il va construire l’âge d’or de The Guess Who (qui a abandonné son ?) avec ses titres les plus célèbres à commencer par These Eyes et Laughing qui rentrent tous deux dans le top 10 américain en 1969. Le groupe durcit son jeu passant du blues rock des sixties au hard rock que les seventies préparent. Mais surtout le tandem Bachman/Cummings s’installe comme les têtes pensantes et les compositeurs attitrés.

Si certains morceaux prirent des heures de travail et de réflexion, ce n’est pas le cas de American Woman le plus connu d’entre eux. C’est lors d’un concert dans la province canadienne de l’Ontario que Bachman, après avoir cassé une corde de sa Les Paul, trouva le riff si distinctif en réaccordant son instrument dans l’urgence. Ne souhaitant pas l’oublier il le joue en boucle devant les milliers de spectateurs (le spectacle prenait place dans un stade de curling) et implore Cummings de chanter quelques vers dessus, ce à quoi il répond par « American woman, stay away from me ». Par un heureux hasard, ils découvrent qu’un de ces spectateurs avaient procédé à un enregistrement pirate de tout le concert à l’aide d’un radio cassette portatif scotché à sa jambe (d’où le nom anglais de « bootleg »), procédé encore rare mais qui deviendra rapidement chose courante. Le groupe aura alors tout le loisir de réécouter et étudier la bande. Comme le morceau prit forme sur scène et en direct, il fut exceptionnellement crédité aux quatre membres du groupe, ce que les deux autres durent fortement apprécié par la suite. Burton Cummings signe un texte engagé ce qui ne fut pas forcément détecté dès la première écoute. A l’époque The Guess Who avait rencontré des problèmes avec l’immigration lors d’un précédent voyage aux Etats-Unis (un des membres n’était pas en règle), et ils étaient passés tout près de se faire enrôler de force et envoyer au Vietnam. Les jeunes appelés en uniforme ainsi que les femmes éplorées qui peuplaient les aéroports du pays les avaient profondément tous choqué et conforté dans l’idée que le Canada était bien plus sûr et paisible. Le temps que son pamphlet contestataire soit enfin compris, American Woman était déjà en tête des charts. Ce qui ne les empêcha pas pour autant d’être conviés à la garden-party de la Maison Blanche par Richard Nixon le 17 juillet 1970 car sa fille était une fan inconditionnelle. Mais Pat Nixon la première dame, consciente de la portée antimilitariste du morceau, les défendit logiquement de l’interpréter.

Le single devient le premier numéro un du groupe aux Etats-Unis. Dans leur Canada natal, il constitue le 4ème numéro un de leur carrière. Au Royaume-Uni, il atteint une maigre 19ème place. AmericanWoman/No Sugar Tonight est certifié disque d’or deux mois après sa sortie en mars 1970.

Le morceau a été repris par Lenny Kravitz en 1998, Butthole Surfers, Randy Bachman & Burton Cummings, Ringo Starr, le groupe suisse Krokus ou bien l’actrice grecque Zoï Laskari.

Paroles

American woman, stay away from me
American woman, mama let me be
Don’t come hangin’ around my door
I don’t wanna see your face no more
I got more important things to do
Than spend my time growin’ old with you
Now woman, I said stay away,
American woman, listen what I say.

American woman, get away from me
American woman, mama let me be
Don’t come knockin’ around my door
Don’t wanna see your shadow no more
Coloured lights can hypnotize
Sparkle someone else’s eyes
Now woman, I said get away
American woman, listen what I say.

American woman, said get away
American woman, listen what I say
Don’t come hangin’ around my door
Don’t wanna see your face no more
I don’t need your war machines
I don’t need your ghetto scenes
Coloured lights can hypnotize
Sparkle someone else’s eyes
Now woman, get away from me
American woman, mama let me be.

Go, gotta get away, gotta get away
Now go go go
Gonna leave you, woman
Gonna leave you, woman
Bye-bye
Bye-bye
Bye-bye
Bye-bye
You’re no good for me
I’m no good for you
Gonna look you right in the eye.
Tell you what I’m gonna do
You know I’m gonna leave
You know I’m gonna go
You know I’m gonna leave
You know I’m gonna go, woman
I?m gonna leave, woman
Goodbye, American woman
Goodbye, American chick
Goodbye, American broad …

Commentaires

Veuillez entrer le code.
* Champs obligatoires
Veuillez noter que le contenu de ce formulaire n'est pas crypté
Aucune entrée disponible